Tissus biologiques certifiés GOTS

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Jun 20

Depuis la création de Cousu Bio, nous avons à coeur d’apporter un maximum de transparence sur l’origine, la fabrication et la composition de nos étoffes.

Dans une industrie où le nombre d’intervenants dans la chaîne de valeur rend les informations floues et peu accessibles, nous nous sommes donnés pour mission de remettre en question continuellement la fiabilité de nos produits, de ne jamais prendre un argument marketing pour acquis, et de tisser des liens de confiance avec nos partenaires pour obtenir les informations les plus justes qui soient.

La mouvance de cette démarche nous a mené à engager un ingénieur textile pour nous aider à réaliser notre propre investigation sur la pertinence du label GOTS, puis à mettre en place une contre-expertise de ce dernier. Celle-ci s’est traduite par la commande d’une série de tests qualités, chimiques et physiques, réalisés par un laboratoire indépendant, afin de vérifier les garanties apportées par le label.

Cet article détaille les raisons, les conditions de réalisation ainsi que les résultats de ces tests.

SOMMAIRE


A. Pourquoi faire tester nos étoffes labellisés ?

B. Mise en place de la contre-expertise : quels tests pour quelles étoffes ?

Un panel d’étoffes représentatif de notre offre

La sélection des tests

C. Les tests et leurs résultats : les critères GOTS sont-ils respectés ?

Description des tests réalisés sur chaque étoffe

Comparaison aux critères GOTS : le label est-il justifié ?


A. Pourquoi faire tester nos étoffes labellisées ?

Nous avons écrit à plusieurs reprises au sujet du label GOTS et nous vous invitons à consulter notre article sur les garanties de ce dernier afin de (re)prendre connaissance des exigences environnementales, qualitatives et sociales qu’il implique.

Ne souhaitant pas nous reposer sur sa réputation de label le plus engagé et engageant en terme de certification biologique du coton, nous avons d’abord décomposé les critères et les standards sur lesquels il s’est bâtit, afin de mettre en oeuvre notre propre contre-expertise.

Mais quel est l’intérêt de faire tester des tissus déjà labellisés GOTS ?

En tant que revendeur, nous sommes considérés comme le dernier maillon de la chaîne d’approvisionnement des étoffes que nous vendons. Ces dernières sont passées par un grand nombre d’intermédiaires, depuis la culture du coton et sa transformation en fibre, jusqu’à son tissage/tricotage, voire teinture ou  impression pour certains..

Chacun de ces maillons doit, à son échelle, respecter un certain nombre de critères, garantissant qu’un produit certifié GOTS le reste tout au long de sa fabrication.

Nous ne réalisons aucune étape de transformation dans notre atelier, de ce fait, pas de doute, nous ne pouvons altérer la labellisation de nos tissus. En revanche, lorsqu’il s’agit de connaître avec précision ce qu’implique l’étiquette GOTS apposée sur nos étoffes, nous ne pouvons que faire confiance au label et aux nombreux audits qu’il mène chez chacun de ses adhérents (j’en profite pour vous renvoyer à l’article écrit sur les coulisses de notre audit pour en comprendre les enjeux).

En effet, les audits et les tests exécutés par le label chez les différents maillons sont des données privées qui ne peuvent être communiquées, même aux maillons voisins d’une même chaîne, pour des raisons de confidentialité économique.

C’est dommage, mais c’est ainsi, nous avons essayé d’obtenir ces informations, en vain, seuls les certificats délivrés par l’organisme font foi.

[Si vous voulez en avoir un aperçu, je vous renvoie vers celui qui nous a été délivré pour l’année 2020-2021, notre audit pour l’année 2020-2021 a eu lieu le 28 avril dernier avec succès et nous sommes en attente de la délivrance du nouveau certificat.]

Mais cela n’entame pas notre envie de réponse, l’option qu’il nous reste est simple : nous allons faire tester nos étoffes et comparer les résultats de ces tests avec ce que promet GOTS pour vérifier, concrètement, si ceux qu’ils avancent se vérifient en réalité, et plus précisément, à l’échelle de notre réalité.

Pour cela, nous avons eu recours au service de QualityLab, un laboratoire textile indépendant situé au Portugal.

B. Mise en place de la contre-expertise : quels tests pour quelles étoffes ?

1. Un panel d’étoffes représentatif de notre offre

Faire tester ses produits par un laboratoire représente un investissement financier non négligeable.
De ce fait nous avons réalisé une sélection représentative de notre offre en mixant les étoffes les plus convoitées de notre catalogue, avec celles présentant le plus de “risques” au niveau écologique et sanitaire, à savoir :

  • les imprimés, car les procédés d’impressions ont recours à l’utilisation de pigments et d’encres susceptibles de migrer;  
  • notre PUL, étant composé d’une base de jersey coton GOTS, enduit d’une couche de polyuréthane laminé procurant l’imperméabilisation du tricot, qui elle ne peut faire l’objet de la certification;
  • nos basiques écrus dédiés à la puériculture ou à la cosmétique.

Liste exhaustive des tissus testés :

#01 - Molleton

#02 - Flanelle

#03 - PUL

#04 - Micro éponge

#05 - Polaire

#06 - #06 - Popeline imprimée • Au bord de l’étang - Into The Woods

#07 - Popeline imprimée • Dakota - Collection Flower Power

#08 - Popeline imprimée • Rox - Collection Alaska

2. La sélection des tests

Une fois notre panel établi, il a fallu décider des types de tests que nous voulions exécuter. Plusieurs critères ont régit nos choix :

  • Premièrement, nous nous sommes référés au manuel GOTS v5.0 (version en vigueur au moment de notre commande, la v6.0 a depuis été publiée) afin de prendre connaissance de l’ensemble des exigences chimiques et physiques des tests conduits par le label pour satisfaire ces exigences. [Le tableau complet de ces tests est disponible aux paragraphes 2.4.14 et 2.4.15, p.24-25  du manuel]
  • Deuxièmement nous avons conduit une recherche pour déterminer quels tests, parmis les 22 listés dans le Manuel, étaient les plus pertinents à réaliser, d’un point de vue qualitatif et sanitaire;
  • Enfin, nous nous sommes appuyés sur les étoffes que nous avons choisis de tester afin de sélectionner, pour chacune, les tests les plus parlants, d’après les deux tirets précédents.

Cette réflexion nous a permit de sélectionner  12 tests différents se divisant de cette façon:

  • Les tests chimiques attestent du taux d’apparition de résidus chimiques indésirables, en fonction des limites en vigueur, imposées par les standards du label.

  • Les tests physiques témoignent de la réaction des étoffes lorsqu’elles sont soumises à certaines contraintes physiques (lavage, frottement, pression etc…), en fonction des limites en vigueur.

  • Les tests de solidité relatent de l’usure plus ou moins rapide des étoffes dans des conditions d’usage recréées en laboratoire. Par exemple, le test de ‘solidité de couleur à la lumière va recréer des conditions d’ensoleillement auxquelles un tissu sera exposé au long de sa vie. L’intérêt de ce test est d’analyser l’usure ou la résistance de la couleur du tissu à ces conditions, et de comparer ses performances aux limites en vigueur.

Voici le tableau présentant l’ensemble des tests réalisés ainsi que les étoffes ayant été soumises à ces tests.

[Un paramètre à prendre en compte dans la lecture de ce tableau est que nous avons réalisé la répartition des tests sur certaines étoffes en prenant en compte leur origine commune. Rien ne garantit qu’un même fil soit utilisé pour la construction de deux étoffes différentes, mais comme indiqué plus haut dans l’article, réaliser ce genre de tests représente un gros investissement budgétaire et pour cette raison, nous avons dû choisir de la manière que nous espérons la plus pertinente possible.]

C. Les tests et leurs résultats : les critères GOTS sont-ils respectés ?

1. Description des tests réalisés sur chaque étoffe

“Tout produit fini étiqueté conformément à la présente Norme¹ doit se conformer aux paramètres techniques de qualité ci-après.”

Extrait du Manuel GOTS v5.0, p.24, en-tête du tableau des tests physiques

“Même si les textiles sont produits conforméments à cette Norme¹, ils peuvent contenir des traces de résidus (par ex. en raison d’une contamination inévitable).”

Extrait du Manuel GOTS v5.0, p.25, en-tête du tableau des tests chimiques

Norme¹ : Ensemble des critères définis dans le Manuel GOTS donnant accès à la labellisation.

Ces deux extraits sont ici pour préciser qu’une labellisation n’est pas synonyme de perfection ou de pureté. L’organisme à l’origine du standard GOTS compile avec rigueur des critères qui sont atteignables par des industriels, mais qui restent “réalistes”. Croyez-nous, après avoir poussé l’investigation, les exigences sont élevées et le laxisme est proscrit.

Ceci étant dit, voici une brève explication des tests que nous avons réalisé :

Métaux lourds (extractible) + Cadmium & Plomb (métaux lourds dans les échantillons digérés) :

Détection d’éventuelles traces dans nos échantillons des 11 métaux lourds listés dans le Manuel GOTS v5.0 selon les normes EN 16711-1 et EN 16711-2.

[Les métaux lourds sont présents dans les sols en culture conventionnelle (engrais chimiques, pesticides…) et sont aussi présents à cause des émissions humaines (au travers des industries métalurgiques, utilisation de combustibles fossiles, incinération de déchets etc…). Ils sont tous toxique, au delà d’un certain seuil très faible et constituent des perturbateurs endocriniens : entraînent des troubles aux niveaux cérébral et hormonal, à savoir tout ce que nos glandes régissent. Leur toxicité est extrêmement élevée.]

Pesticides :

Détection de trace de pesticides dans nos échantillons selon la méthode ’§64 LFGB L00.0034 (GC/MS)‘.

[Produit chimique destiné à lutter contre les parasites animaux et végétaux nuisibles aux cultures et aux produits récoltés. Ils entrent dans la case des perturbateurs endocriniens au même titre que les métaux lourds, ils infligent donc les mêmes conséquences sur la santé.]

Formaldéhyde :

Détection de trace de formaldéhyde dans nos échantillons selon la norme ISO 14184-1.

[Aussi appelé “Formol”, molécule utilisée lors de la fabrication des textiles pour les rendre infroissables, plus résistants et hydrofuges. Il est la cause d’irritation des voies aériennes, des yeux, et de la peau (démangeaisons, rougeurs, eczéma …) ]

Phtalates :

Détection de trace de phtalates dans nos échantillons selon la norme ISO 14389.

[Issu du pétrole, substance que l’on retrouve dans les matières plastiques et dans certaines teintures. Il est aussi classé comme perturbateur endocrinien et est  la cause de troubles importants de la reproduction (fertilité, malformations foetales ...]

Alkylphénols :

Détection de trace d’alkylphénols (NPEO, OPEO, NP, OP) dans nos échantillons selon la norme  EN ISO 18254-1 et EN ISO 18254-2.

[Molécules chimiques utilisées comme tensio-actif dans l’industrie textile. Ces molécules figurent dans la catégorie des perturbateurs endocriniens.]

Boulochage :

Test physique de la tendance aux frisottis et au boulochage par la méthode Martindale pour une valeur de 2000 cycles de frottements,, selon la norme EN ISO 12945-2 :2000.

Stabilité dimensionnelle :

Mesure des variations en longueur et largeur (rétrécissement ou détente) suite au lavage du textile, pouvant être réalisées dans différentes conditions de températures/séchages, selon les normes ISO 5077 (lavage 40°C et 60°C + essorage 1200 tours/min) et NP 3292:1988 (lavage à froid et séchage air libre).

Résistance de la couleur à la lumière & au lavage :

Evaluation de l’usure de la couleur d’une teinture ou d’une impression sur textile suite à un cycle de vie moyen, selon les normes ISO 105-B02:2014 pour la lumière et ISO 105-C06:2010 pour le lavage.

2. Comparaison aux critères GOTS : le label est-il justifié ?

Maintenant que vous êtes au courant de tous les paramètres qui ont guidé nos décisions, il est temps d’annoncer les résultats de ces tests.

Nous n’allons pas faire durer le suspense plus longtemps, les résultats de nos tests sont globalement très positifs !

  • À propos des tests chimiques, c’est simple, l’ensemble des tests que nous avons réalisés sont positifs, c’est à dire que les niveaux de résidus chimiques, à minima, respectent bien les exigences GOTS. Nous ne doutions pas sévèrement de l’intégrité de nos fournisseurs, mais ce fut tout de même un soulagement de pouvoir le vérifier par nos propres moyens.

Pour être plus explicite, aucune trace des résidus suivants n’ont été détectés dans tous les échantillons testés  :

  • NPEO & OPEO
  • Cadmium (extrait par digestion)
  • aucun des 11 métaux lourds sous forme extractible, à savoir : Arsenic, Plomb, Cadmium, Chromium, Cobalt, Cuivre, Nickel, Antimoine, Mercure, Manganèse.
  • Formaldéhyde
  • Pesticide (quinoline)

Seul le Plomb (extrait par digestion) fut détecté, pour une quantité signalée <10mg/kg de d’échantillon textile, là où GOTS accepte un taux allant jusqu’à 50mg/kg, nous nous situons donc 5 fois en dessous du niveau toujours acceptable. Les métaux lourds étant présents à l’état de minéraux dans les sols, il est parfois possible d’en retrouver des traces dans les produits finis issus de l’agriculture.

Autre résultat notable, nos échantillons testés de PUL et  popelines imprimées sont garantis sans phtalates !

  • Concernant les tests mécaniques, les résultats montrent des performances moyennes qui peuvent être améliorées.

Le premier point à retenir est que pour l’intégralité de nos échantillons testés, les lavages à chaud, que ce soit 40°C ou 60°C, entraînent une variation des dimensions plus importantes que ce que prévoit le label.

Rien d’inquiétant, nous parlons ici d’une pincée de % en plus ou en moins, en particulier pour les mailles, par exemple pour notre molleton :

  •  le rétrécissement en longueur est respectivement de 5% et 4,5% pour les lavages à 40 et 60°C (essorage 1200 tours), là où GOTS prévoit une marge de 8%, nous sommes donc bien placés.
  • Le rétrécissement en largeur en revanche est respectivement de 9% et 11,5%, au lieu des 8% exigés par le label.

Rien de très significatif, mais en revanche un bon indicateur de l’importance du rôle des cycles d’entretien dans la longévité des étoffes. Effectivement, pour chacun des échantillons testés, la résistance au lavage à froid (30°C et moins) + séchage à l’air fut largement respectée. Pour plus de profondeur à ce sujet, nous vous renvoyons vers notre article sur les bonnes pratiques d’’entretien pour améliorer la durabilité des textiles.

Pour rappel, nous indiquons les taux indicatifs de retrait/détente des étoffes dans la section ‘Entretien’ de nos fiches produits.

Le second point à retenir est que nos flanelles et polaires boulochent de façon importante. Encore une fois rien d’inquiétant, la construction de ces étoffes sont à l’origine de leur fort potentiel boulochage. Effectivement, ces tissus sont grattés en fin de fabrication afin de faire ressortir les fibres des fils qui les constituent et d’obtenir un duvet qui donne  la texture molletonée qu’on leur connaît. Ce duvet, après plusieurs cycles d’utilisation/entretien laisse apparaître des bouloches, formées des fibres qui s’entremêlent entre elles. Pour plus de détail à ce sujet, nous vous renvoyons vers notre article sur l’entretien et la durabilité des textiles.
Et oui, il est malheureusement difficile de concilier douceur au toucher et propriété anti-boulochage si l’on veut éviter d’utiliser des traitements chimiques.

Notre conseil est simple, pour conserver la douceur de ce genre d’étoffes, entretenez-les avec… Douceur! Lavage à froid, séchage à l’air libre, repassage délicat s’il ne peut être évité. L’astuce en plus, c’est d’incorporer un verre d’eau dans lequel vous aurez dilué un peu de vinaigre blanc et de bicarbonate de soude de temps à autres dans le compartiment à lessive de votre machine. Son action détartrante viendra en quelques sortes raviver la douceur de vos tissus, et par la même occasion entretenir votre machine !

Nous ferons remonter ces deux points à nos fournisseurs afin de les aider dans leur travail d’amélioration qualité.

  • Enfin, les tests de solidité de la couleur ont été un franc succès.

Que ce soit par rapport à la lumière ou au lavage, les scores des résistance obtenus ont surpassé les exigences GOTS et témoignent de la qualité des impressions réalisées sur ces trois échantillons. Leur vibrance résistera à des cycles de vie bien agités, soyez-en sûrs.

CONCLUSION

Nous avions à coeur de nous faire notre propre idée sur le respect des critères mis en avant par le label GOTS auquel nous avons jusqu’à maintenant décidé de faire confiance.

Au regard des tests que nous avons réalisé, et de la méthode que nous avons employé pour les choisir, les résultats sont extrêmements positifs et nous confortent, encore plus, dans l’idée que ce label tient sa réputation pour une raison : les faits sont en accords avec les principes énoncés.

Nous souhaitons tout de même préciser à nouveau que cette évaluation ne fait pas l’objet d’une contre-expertise exhaustive, certains tests ayant été préférés et sélectionnés pour certaines de nos étoffes, les raisons ayant été mentionnées dans les paragraphes précédents.

De plus, le label GOTS comporte, en plus des exigences environnementales et qualitatives, des exigences sociales qui n’ont pu être vérifiées par l’intermédiaire de cette procédure.

Le résultat de notre processus et l’avis positif que nous formulons doit être évalué en ayant toutes ces réalités en tête afin de respecter le standard de transparence auquel nous souhaitons personnellement répondre :)

À propos de l'auteur

Clémence Pasquet

Fondatrice et co-gérante de Cousu Bio, j’ai créé la boutique en 2016 après des études en sciences humaines et politiques (Sciences Po) et en entrepreneuriat. Le textile et la couture sont mes passions, un univers pour lequel je me forme et innove au quotidien.

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